POLAR CIRCUS, LES EXPÉDITIONS POLAIRES A LA FRANCAISE

Thèmes: Géographie, Sciences, Société                                                                                        Conférence du mardi 28 janvier 2025

 POLAR CIRCUS, LES EXPÉDITIONS POLAIRES A LA FRANCAISE

Par Stéphane DUGAST, journaliste, auteur, réalisateur, Secrétaire général de la Société des explorateurs français.

 

Remarque préliminaire : cette conférence était initialement prévue pour le 19 novembre 2024 ; elle avait été remplacée par le film « Odyssées blanches » de Stéphane DUGAST, le conférencier étant alors retenu en Patagonie. Un bref compte rendu du film est disponible sur notre site FILM « ODYSSÉES BLANCHES », la conférence de ce jour abordera les expéditions polaires sous un angle différents, référence aux explorateurs plus qu’aux conditions matérielles et logistiques des expéditions.

Quelques définitions :

Le pôle Nord, ou boréal, ou Arctique et le pôle Sud ou austral ou antarctique sont les extrémités de l’axe imaginaire autour duquel la sphère céleste semble tourner en 24heures.

C’est d’abord le Grand Nord que l’homme occidental a exploré ; l’étoile polaire, fixe en apparence, indique le Nord ; elle est vue à proximité de la constellation de la Grande Ourse ; arktos en grec signifiant ours, le Nord devient naturellement l’Arctique, tandis que le sud qui lui est opposé devient l’anti-arctique, soit l’Antarctique.

Dans l’hémisphère nord, l’Arctique n’est pas un continent, mais un océan glacial recouvert par une banquise, dont l’épaisseur et la superficie varient en fonction des saisons. L’océan arctique n’a pas de relief, à l’inverse du Groenland -c’est une île- et des iles canadiennes recouverts de glaces et qui le bordent.

 

Dans l’hémisphère sud, l’Antarctique est un continent recouvert d’une épaisse couche de glace et de neige, entourée d’une banquise, également d’épaisseur et de superficie variables. Etant un continent, l’Antarctique a des reliefs, avec notamment des montagnes qui peuvent dépasser mille mètres, elles-mêmes recouvertes de plusieurs kilomètres de glace, l’inlandsis.

En Arctique, le pingouin nage et vole.

En Antarctique, le manchot marche, plonge -jusqu’à 500m- et nage.

 

 

De l’exploration de l’Antarctique : 

Aucun être humain n’avait accédé à l’Antarctique avant 1840, une Terre Inconnue. Les premiers humains seraient des Russes, venus vers ce continent en touristes plutôt qu’en explorateurs. A la même époque, venant de Tasmanie, Jules Dumont d’Urville (1790 – 1842) a mis le pied -et le drapeau français- sur le Rocher du Débarquement, rocher le plus élevé du groupe d’ilots des Iles Dumoulin le 22 janvier 1840. Dumon d’Urville baptisera la terre Terre Adélie -son épouse se prénommait Adèle-. Il aura devancé de quelques jours l’expédition américaine de Charles Wilkes. Ce grand explorateur français et son épouse mourront dans un accident de train à Meudon de retour d’un pique-nique à Versailles le 8 mai 1842. Débutent les hivernages en Antarctique qui vont se succéder ; et on tentera alors de pénétrer à l’intérieur de ce continent glacé jusqu’à chercher à atteindre le pôle sud géographique, ce qui sera réalisé par le Norvégien Roald Amundsen (1872 – 1928), le premier à atteindre ce pôle le 14 décembre 1911, suivi le 17 janvier 1912 par l’Anglais Robert Scott (1868 – 1912), qui périra avec ses compagnons sur le chemin du retour. On connait les expéditions de Shackleton. Mais pas de Français !

Et les Français dans tout çà ?

Il faudra attendre Jean-Baptiste Charcot (1867 – 1936) pour que les Français retrouvent le goût de l’exploration. Jean-Baptiste Charcot est le fils du neurologue Jean-Martin Charcot, le découvreur de la maladie de la sclérose latérale amyotrophique à laquelle son nom a été donné. Médecin comme son père, Jean-Baptiste Charcot est un sportif, passionné de voile ; il voyage beaucoup. Il achète et revend des bateaux. Il monte la première expédition française en Antarctique et réalise le premier hivernage français pendant l’été austral 1904 – 1905. 100km de côtes sont cartographiés, des cartes marines sont dressées, quantités d’observations sont faites. Ce n’est plus le temps de l’exploration pour l’exploration et la conquête de territoire pour le roi ou l’empereur ou le tsar, mais pour l’étude et l’observation.  A son retour, il divorce de son épouse Jeanne Hugo, la petite-fille de Victor Hugo. Deuxième expédition en Antarctique d’août 1980 à juin 1910 et nouvelles quantités d’observation, de cartographie, de découvertes comme la Terre de Charcot. Après la guerre de 1914 – 1918 pendant laquelle il a été mobilisé dans la Marine, il revient aux expéditions polaires, en Arctique cette fois. En septembre 1936, il revient du Groenland où il est allé livrer du matériel scientifique à la mission de Paul-Emile Victor. Après une escale à Reykjavik, une violente tempête drosse le Pourquoi-pas IV et il vient d’échouer sur les récifs. Nous sommes le 16 septembre 1936, le bateau coule au petit matin, faisant 23 morts, dont le commandant Charcot, et laissant un survivant. Le 12 octobre 1936 la France lui fait des funérailles nationales.

De Paul-Emile Victor (1907 – 1995)

Son père Erich Heinrich Victor Steinschneider immigré d’origine juive d’Europe centrale avait francisé son nom en Éric Victor et s’était installé à Genève avec sa femme Maria Laura Baum et c’est ainsi que Paul Emile Victor naquit à Genève le 28 juin 1907. Paul Emile Victor est un explorateur, mais aussi un ethnographe. En 1936, il traverse le Groenland d’ouest en est. A l’arrivée, il reste sur place et partage la vie d’une famille Inuite, vivant « comme un eskimo parmi les eskimos ». Il a une liaison avec une jeune Inuit. Grand succès médiatique et scientifique à son retour en France. Au début de la guerre de 1939 – 1945, il est mobilisé dans la Marine. Il quitte la France en 1940 et s’engage dans l’US Air Force où ses compétences dans les milieux polaires seront appréciées pour l’Alaska, le Groenland ou le Canada. A son retour en France, il se marie. De cette union naitront plusieurs enfants, dont Daphné Victor. En 1947, il fonde les Expéditions Polaires Françaises EPF Missions Paul-Emile Victor, qu’il dirigera jusqu’en 1976 ; il vit et dirige personnellement certaines d’entre-elles ; premier voyage en Terre-Adélie en 1956 où il installera 3 ans plus tard la base Dumont d’Urville et la base Charcot à plus de 300km à l’intérieur du continent. La base Charcot accueillera en isolement complet les trois explorateurs-scientifiques français Jacques Dubois, Roland Schlich et Claude Laurius pendant une année au cours de l’Année Géophysique Internationale de 1958 – 1959. Le glaciologue Claude Laurius est considéré comme le pionnier de la climatologie. A la fin des années 60, Paul-Emile Victor s’investit dans le mouvement écologiste, et en 1974 il créé le « Groupe Paul-Emile Victor pour la défense de l’homme et de son environnement » et il publie en 1979 « Jusqu’au cou … et comment s’en sortir ». Paul-Emile Victor – PEV comme le surnomme ses amis – décède le 7 mars 1995 sur le Motu Tane (l’Ile de l’homme) en Polynésie où il vivait avec sa femme Collette Faure et leur fils Teva.  Il est immergé en haute mer avec les hommages de la Marine Nationale à bord du bâtiment le Dumont d’Urville.

Aujourd’hui, les expéditions scientifiques se poursuivent ; parallèlement, le tourisme polaire se développe, principalement au Groenland et en Antarctique, essentiellement dans la zone occidentale de la Péninsule ; il reste néanmoins très contrôlé avec des autorisations limitées à 4 mois par an et un nombre restreint de touristes débarquant.

Quelques dates :

1945 les Etats-Unis décident d’investir l’Antarctique.

Mobilisations internationales

1958 : L’Antarctique est déclaré Terre de Science et de Paix par le Traité de Washington qui protège ce territoire jusqu’en 2048. Mais après ?

Mais avant ?

On considère aujourd’hui que le premier explorateur des latitudes extrêmes est le Massaliote Pytheas qui aurait atteint dès 325 av. JC les latitudes nord où le soleil ne se couche pas.

Biographie

  • Polar Circus, les expéditions polaires à la française par Stéphane Dugast, disponible chez Pocket
  • Paul-Émile Victor – J’ai toujours vécu demain, Stéphane Dugast en collaboration avec Daphné Victor, Robert Laffont, 2015, biographie.
  • Dans les pas de Paul-Émile Victor. Vers un réchauffement climatique ? Stéphane Dugast en collaboration avec Xavier Desmier et Paul-Émile Victor(photographie), Michel Lafon, 2007, livre illustré.

 

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